Italie 

Plus de 95% de tous les hommes d'Europe descendent d'à peine dix lignées paternelles très anciennes. C'est du moins ce que conclut Ornella Semino, de l'Université de Pavie, en Italie, qui a analysé l'ADN du chromosome Y de plus de 1 000 hommes issus de 25 communautés différentes. Ses recherches confirment que la plupart des Européens descendent des chasseurs-cueilleurs qui se sont installés dans la région il y a 40 000 ans, l'apport de l'immigration néolithique étant resté fort modeste.

Le chromosome Y ne se transmet que de père en fils et ne se modifie que très peu d'une génération à l'autre. Il joue, dans l'étude génétique des populations, le même rôle que les mitochondries, qui ne se transmettent que par la mère. Les analyses effectuées par la généticienne italienne révèlent que 95% des hommes d'Europe se rattachent à l'une ou l'autre des dix lignées paternelles très anciennes qui dominent le paysage génétique du continent.

Mieux encore, huit de ces dix lignées se rattachent aux premiers habitants de l'Europe, des chasseurs-cueilleurs arrivés par petits groupes il y a de 25 000 à 40 000 ans. Seulement deux se rattachent à la seconde vague, celle arrivée du Moyen Orient peu après l'invention de l'agriculture, il y a 10 000 ans. On ne savait pas, jusqu'ici, lequel de ces deux groupes (fermiers ou chasseurs-cueilleurs) avait le plus contribué à peupler le continent. L'étude italienne tranche enfin ce vieux débat.

Le printemps dernier, une étude semblable, menée cette fois sur l'ADN mitochondrial, avait conclu que 99% de la population de l'Europe appartenait à un groupe de sept lignées maternelles. Cette étude estimait que ces « Ève européennes » s'étaient installées sur le continent il y a 45 000 ans environ. Ces résultats coïncident fort bien avec ceux des travaux d'Ornella Semino.
 

Philippe Gauthier