Pakistan 

Ce sont les résidus d'un médicament, le diclofénac, qui causent la disparition mystérieuse des vautours, au Pakistan et en Inde, depuis le début des années 90. Le vautour à dos blanc était l'un des rapaces le plus commun dans cette région expliquent des chercheurs américains et pakistanais dans une étude parue cette semaine dans la revue Nature. Mais cette population a décliné subitement de plus de 95 %! Deux autres espèces ont suivi la même courbe : le vautour indien et le vautour à bec élancé.

Depuis ce temps les vétérinaires s'interrogent : virus, bactéries, pesticides, métaux lourds, aucune des explications avancées n'expliquent les mystérieuses causes de ce déclin. En collaboration avec des biologistes pakistanais, le vétérinaire-microbiologiste de la Washington State University, Lindsay Oaks, a autopsié 259 vautours. Entre 2000 et 2003, 85% d'entre eux ont succombé à la goutte - un excès d'acide urique dans l'organisme, dû à un mauvais fonctionnement des reins. En outre, les vétérinaires ont trouvé, dans les reins de tous les oiseaux, des résidus de diclofénac, un anti-inflammatoire qui s'avère mortel sur des vautours testés en captivité. Comment ce médicament s'est-il répandu en si grande quantité dans le corps des volatiles ?

Il se trouve que le diclofénac, peu coûteux, a connu une croissance rapide ces dernières années en Inde et au Pakistan. Et il est maintenant largement utilisé par les vétérinaires pour soigner les animaux d'élevage. Or le vautour joue un rôle majeur dans l'écosystème de ces pays, comme « nettoyeur » de carcasses que les fermiers leur abandonnent. Ils se nourrissent ainsi des nombreux cadavres d'animaux traités au diclofénac. Éboueurs de première ligne, les oiseaux s'empoisonnent à tel point que leur survie est aujourd'hui menacée.

Pour les préserver, les scientifiques recommandent de bannir l'utilisation de ce médicament, malgré les intérêts de l'industrie pharmaceutique. Par ailleurs, ils suggèrent de prélever et de garder en captivité les vautours encore vivants afin d'assurer leur existence à long terme, en attendant de pouvoir les réintroduire dans la nature. Un sommet international se réunira sur cette question le 5 et 6 février prochain à Katmandou, au Népal.
 

Isabelle Masingue