États-Unis 

Les liens financiers existant entre certains chercheurs universitaires et les entreprises qui les commanditent constituent-ils un conflit d'intérêt? Difficile à dire, conclut une étude menée par Lisa A. Bero, de l'Université de la Californie à San Francisco (UCSF), et publiée dans le Journal of the American Medical Association. Il n'existe en effet ni définition claire de ce qu'est un conflit d'intérêt, ni directives sur ce qu'il faut faire si l'on en repère un. Bref, le financement privé a un sérieux besoin d'encadrement.



La loi américaine exige des universités qu'elles mettent en place un mécanisme pour surveiller les conflits d'intérêts possibles. Mais rien ne précise comment cela doit être fait. En général, le gouvernement fédéral exige que ses chercheurs dévoilent tout intérêt financier dépassant 10 000 dollars chez un commanditaire. L'Université de l'UCSF est plus exigeante : tout montant supérieur à 250 dollars doit être déclaré. Les 488 dossiers accumulés depuis décembre 1980 ont servi de base à l'étude.

En 1999, 7,6% des chercheurs de l'UCSF avaient des liens financiers avec leurs partenaires privés. C'est relativement peu, mais c'est le double du nombre enregistré 12 ans plus tôt. La participation prend trois formes différentes. Environ le tiers de ces chercheurs « liés » reçoivent de l'argent pour prononcer des conférences et participer à des arrangements du même genre. Les sommes en cause varient de 250 à 20 000 dollars par année, mais se situe sous la barre des 10 000 dollars 90% du temps.

Le second tiers fait de la consultation à titre onéreux. Ses revenus annuels peuvent atteindre 120 000 dollars, mais demeure sous la barre des 10 000 dans 61% des cas. Enfin, le dernier tiers des chercheurs siègent, contre rémunération, au conseil d'administration des compagnies qui financent leurs travaux. Dans 14% des cas, ces chercheurs détiennent aussi des actions de cette entreprise. La valeur moyenne de ce capital est de 100 000 dollars, ce qui représente moins de 5% de la capitalisation des entreprises en cause.

L'auteur de l'étude se garde bien de juger ces divers types de liens financiers. Il se contente de constater qu'il n'existe guère de règle permettant de déterminer à partir de quand les liens entre recherche et industrie sont trop étroits. Certaines formes de collaboration peuvent être utiles à la science, en assurant un meilleur financement des travaux. Mais des études faites dans le passé soulignent que la recherche financée de cette manière favorise parfois les produits du commanditaire et qu'elle connaît parfois une moins libre diffusion dans le circuit des revues savantes. 

Philippe Gauthier