Mexique 

À priori, introduire des gènes de venim de scorpion dans des moustiques peut paraître une idée épouvantable. Mais en fait, cette manipulation génétique pourrait peut-être apporter une solution au problème du paludisme dans le monde. Cette maladie, l'une des plus meurtrières qui soient dans les pays tropicaux, est causé par un parasite qui infecte les moustiques et se transmet à l'homme lors des piqûres. Selon des chercheurs mexicains, le parasite survivrait mal à une composante du venim de scorpion.

La revue New Scientist du 8 juillet rapporte que Lourival Possani, de l'Université nationale autonome du Mexique à Cuernavaca, a réussi à contrôler des populations de Plasmodium (le parasiste causant le paludisme) dans l'abdomen de drosophiles (mouches à fruit) génétiquement modifiées. Le chercheur, qui est un spécialiste des composés chimiques tirés des scorpions, avait auparavant noté qu'une des composantes de leur venim, une peptide baptisée scorpine, bloquait le développement du Plasmodium.



Comme on n'avait pas encore réussi de manipulation génétique chez le moustique porteur du paludisme, à l'époque, le chercheur a introduit le gène produisant la scorpine dans un animal de laboratoire plus classique, la drosophile. Des travaux préalables ont démontré que cette petite mouche peut aussi abriter des populations de Plasmodium dans leur intestin. Après avoir obtenu une population de drosophiles produisant de la scorpine, le chercheur les a délibérément infectées avec le parasite du paludisme.

Résultat : environ 40% des drosphiles normales ont développé des Plasmodium adultes, susceptibles de transmettre le paludisme à l'homme. Chez les mouches transgéniques, par contre, seulement 12% des parasites se sont rendus à l'âge adulte. Si les populations de moustiques sauvages présentaient les mêmes caractéristiques, la transmission de la terrible maladie serait très ralentie.

On sait maintenant comment modifier génétiquement les moustiques. Reste maintenant à savoir si on doit le faire et surtout, si on doit les lâcher dans la nature. Le Plasmodium nuisant aussi à la reproduction des insectes, les individus porteurs du gène de la scorpine finiraient par supplanter la population de moustiques normaux. Les conséquences écologiques d'une telle décision restent mal connues. 

Philippe Gauthier