LES ÉTUDES DE LANGAGE

1. La notion d’étude
Les différentes sortes d’études
Le quanti et le quali, de l’entretien au questionnaire

2. Opinions, langage et comportements
2.1 Les 3 mondes
2.2 Opinions et croyances : l’analyse thématique
2.3 Comportements : l’observation
2.4 L’étude de(s) langage(s)
2.5 Le langage est en partie inconscient
2.6 Le langage est le niveau le plus objectif

3. Les éléments pertinents d’une étude de langage
3.1 Les MOTS : le Lexique
3.2 Les THÈMES : la thématique
3.3 Les PHRASES : la syntaxe
3.4 Autres indices de langage

 

4. Le contenu et la relation
4.1 De l’abstrait vers le concret
4.2 Langage et comportement


La notion d’études

Un texte dont le sujet est : l’étude des langages, se doit de commencer par définir attentivement les mots qu’il utilise.

Aussi demandons-nous quel(s) sens peut avoir le mot étude. L’opération n’est pas aussi aisée qu’on pourrait le croire au premier abord, car le mot étude est passablement polysémique. Son sens est proche de celui d’apprendre dans les expressions du style : " étudier l’histoire ", et de celui de comprendre dans " étudier les mathématiques ".

A quoi il faut encore ajouter, dans les utilisations commerciales du terme : études de marché, étude de clientèle, étude de motivation... un sens : comprendre pour agir. Une société dont le chiffre chute et qui commandite une étude, ne le fait jamais pour le simple plaisir de comprendre pourquoi elle se trouve dans une si mauvaise passe, mais plutôt pour trouver comment s’en sortir.

Une étude peut donc se définir comme une opération de l’esprit consistant à observer et à analyser, soit des textes, soit des comportements, pour les connaître (les recenser), les comprendre, et cela, dans une visée de changement. Une étude comporte donc deux types d’opérations, souvent chronologiques : des opérations visant à connaître ce qui se passe, et des opérations visant à analyser le matériel recueilli. Une étude, quelle qu’en soit la méthode et les fondements, vise à répondre à deux types de questions : les questions Pourquoi on en est là ? et les questions du Comment faire ?

Les différentes sortes d’études

Nous n’avons pas l’intention ici de décrire par le menu tous les types d’études existant sur le marché ; ce serait plus du ressort d’une thèse d’étudiant. Simplement, nous distinguerons généralement deux grandes sortes d’études : celles dont le matériel recueilli est essentiellement verbal (entretiens enregistrés au magnétophone), et celles qui recueillent aussi du matériel non-verbal : comportements divers, en situation réelle ou en " bocal ".

Les premières traitent d’opinions, de croyances, de concepts et sont à classer dans la catégorie des études de contenu ; les secondes, contiennent en plus des faits : gestes, mimiques, comportements variés, et sont à classer dans les études d’observation. La frontière entre ces deux sortes d’études est quelque peu poreuse. En particulier, on peut faire remarquer que toute étude de comportement comporte aussi du langage, et que le langage, en fin de compte, n’est rien d’autre qu’un type de comportement .

On remarque que le langage est présent dans les deux types d’études. D’une part, un entretien enregistré contient exclusivement ou essentiellement du langage selon qu’il est enregistré au magnétophone ou filmé. D’autre part, une observation comportementale notera aussi bien les comportements verbaux que les autres.

Et pourtant, le langage lui-même, comme sujet autonome d’étude est absent de la préoccupation de la plupart des analystes. Ceux qui préconisent les études d’opinions traitent le langage comme un simple véhicule d’idées : les mots ne sont là que pour épingler les concepts. Quant à ceux qui préconisent les études comportementales, ils considèrent le langage comme un comportement parmi d’autres.

Autrement dit, le langage est présent dans les deux démarches, mais reste invisible et méprisé par les analystes classiques. Dans le cas des études d concepts (ou étude de motivation, bilan d’image de marque...), langage et concept ne font plus qu’un ; dans le cas des observations comportementales : langage et comportement ne font plus qu’un.

C’est ce double statut du langage qui en ait la force, mais aussi les ambiguïtés. Notre démarche prend le contre-pied de ces conceptions en vigueur. Puisque le langage est présent partout, à la fois pour expliquer les abstractions et pour décrire les événements concrets, pourquoi ne pas pénétrer la connaissance des personnes, de leurs opinions comme de leurs comportements, au travers d’une analyse de langage ? Ce pourrait être le début d’une démarche unificatrice.

Le quanti et le quali, du questionnaire à l'entretien

Avant d’aller plus loin dans la présentation des études de langage, nous voudrions traiter d’un faux dualisme qui empoisonne les réflexions de maints analystes : l’opposition quali - quanti.

Qu’entendons-nous généralement par ces deux mots ? Une étude est dite qualitative (quali) quand elle porte sur un nombre assez restreint d’individus, et que les entretiens ou les observations sont longues, fines, profondes,... bref qu’elles coûtent cher au commanditaire. Ce type de matériau s’analyse généralement de façon minutieuse, et rarement de façon standard, bien qu’aujourd’hui, il existe sur le marché quelques logiciels capables de traiter ce type de matériau. Notre groupe possède d’ailleurs le sien : le modèle ANACIP ce qui signifie : Analyse Automatique des Communications Informations et Publications. (POur en apprendre plus sur ce modèle d'analyse sémantique aller visiter http://www.anacip.com/

Une étude quali n’a pas la prétention de la moindre représentativité. Elle décèle les grandes tendances de la population observée, peut déterminer les grands thèmes contenus dans les textes, les principales règles de comportements observés, mais ne répond à aucune question du genre : " Quel pourcentage de personnes, dans tel ensemble, pensent que...? " Il est toutefois important d’affirmer que dans un nombre de cas non négligeable, une étude qualitative suffit à résoudre le problème du commanditaire. Et que les nombreux cabinets qui préconisent systématiquement d’aller plus loin (sous-entendu " faire un quanti ") ne le font que pour de raisons évidentes d’intérêt personnel.

En quoi consiste une étude quanti ? Une fois déterminés les éléments pertinents, du point de vue de l’analyste, on peut chercher à connaître la représentativité de chacun de ces éléments sur un échantillon représentatif de l’ensemble étudié : les clients de telle entreprise, les médecins de telle région, les français... Il s’agit là d’une étude quantitative sur un plus grand nombre d’interviewés. Elles se composent généralement de questions, et comme le dit le poète, il faut qu’une question " soit ouverte ou fermée ". Les questions sont posées dans la rue, au téléphone, par courrier ou par un quelconque media moderne (Minitel, Internet...). C’est ce type d’étude qui, appliqué aux opinions de nos contemporains est le plus connu du public sous le beau nom de sondage d’opinion.

2. Opinions, langage et comportements

2.1 Les 3 mondes
2.2 Opinions et croyances : l’analyse thématique
2.3 Comportements : l’observation
2.4 L’étude de(s) langage(s)
2.5 Le langage est en partie inconscient
2.6 Le langage est le niveau le plus objectif

Les caractéristiques d’un individu

La plupart des sujets d’études concernent des individus ou des groupes sociaux.
Aussi le problème de savoir quel type d’étude il convient d’utiliser pour connaître un sujet donné, est-il dépendant de notre connaissance et de notre point de vue sur ce qu’il est important de connaître en matière de communication humaine.

Prenons un exemple : un parti politique me demande de lui expliquer pourquoi une grande partie des Français ne votent pas. (Cet exemple est totalement fictif : il semblerait en fait que les partis politiques ne s’intéressent pas à cette question pourtant fondamentale). En fait, nous le comprenons, il me demande de lui dire comment faire pour qu’une partie de ces non-votants se mettent à voter...pour lui. Avant de décider quel type d’approche je choisirai : entretiens non-directifs, observation d’autres comportements contextuels, quizz...je dois me poser une question plus globale : quels sont les processus de pensée qui nous amènent à penser et à nous comporter de telle ou telle manière. Qu’est-ce qui nous pousse à agir de telle façon plutôt que de telle autre ?

Nous sommes là embourbés dans un terrible cercle vicieux. Car nous sommes bien conscients que la nature des résultats dépendra en grande partie de la réponse à cette question préalable ; bref, que les résultats d’une étude dépendent de la méthode utilisée. Les résultats d’une étude sont le produit d’un filtre : l’instrument avec lequel on a décidé d’examiner la réalité. Les mauvaises langues, - ou plutôt ceux qui n’ont pas encore perdu tout leur sens critique - auront remarqué que la question préalable ressemble comme une soeur jumelle à la réponse demandée. En effet, si je sais ce qui nous pousse à agir de telle façon plutôt que de telle autre, alors je saurai ce qui amène certains français à voter ou à ne pas voter.

Autrement dit, ce n’est pas la peine de faire une étude, car je connais la réponse : elle est dans ma tête.

Ce qui nous amène à une affirmation osée et dérangeante : que la nature des résultats d’une étude dépend en grande partie de l’opinion, et de la personnalité des analystes. Nous verrons plus loin que c’est ce constat, maintes fois répété, qui nous a amené rapidement à préférer les études de langage à tout autre mode d’observation et d’analyse.

2.1 Les trois mondes

Comment pouvons-nous expliquer nos opinions et nos comportements ? Quels sont les diverses relations que nous entretenons avec notre environnement et qui nous permettent, en partie, de le connaître, de le comprendre, et de le modifier. Cette question est fondamentale par rapport à n’importe quelle autre interrogation, elle est du domaine de l’épistémologie.

Nous sommes dans le monde, avec la nature, avec nos semblables, avec tous les objets qui nous entourent, dans des rapports processuels. C’est-à-dire que nous faisons " des choses " avec eux. C’est le premier niveau d’appréhension du réel : celui des événements concrets et que la Sémantique Générale appelle le Territoire. Nous savons, pour en avoir souffert une fois, que l’eau bouillante est douloureuse à la main ; nous n’avons pas besoin de savoirs supplémentaires pour remédier à ce problème et changer notre comportement.

Nous savons ainsi une infinité de choses, la plupart du temps sans nous en rendre compte, car elles correspondent à nos actes réflexes : nous savons comment ouvrir les portes, comment faire notre toilette et nous brosser les dents... Chacun d’entre nous possédons notre propre façon de faire et ces gestes quotidiens tissent de multiples liens entre nous et notre environnement.

Au sujet des relations humaines, c’est plus compliqué, mais nous savons également beaucoup de choses : comment saluer le matin mon patron, comment aller acheter des fleurs pour ma femme, comment lui faire plaisir.... Notre savoir n’est pas infini, mais comporte assez de chapitres pour que chacun de nous puisse écrire une encyclopédie personnelle sur le sujet.

Une personne est en partie ce qu’elle fait avec ses semblables et avec son environnement. Laissons de côté la question oiseuse de savoir si nous sommes nos comportements, ou si nos comportements nous représentent... Contentons-nous d’affirmer une grande similitude entre nos comportements quotidiens, vis-à-vis de tel ou tel sujet étudié, et cette entité abstraite qu’on a pris l’habitude d’appeler du doux nom de notre Moi.

L’être humain est un être éminemment cervical : il ne se contente pas d’agir, il commente et juge ce qu’il fait à tout moment. Son langage ne se contente pas d’exprimer et de décrire ce qu’il fait (l’acte parle de lui-même). Certains, parmi nous, utilisent un langage passablement abstrait pour décrire leur vie, leurs occupations, leurs amis...

On peut dire aussi que ce Moi qui sommeille en chacun de nous est composé de l’ensemble des opinions, des croyances, des valeurs et des concepts que nous utilisons chaque jour pour parler de nous et de notre vision du monde.

Résumons : nous sommes en même temps ce que nous faisons (Territoire), et ce que nous pensons (Carte). Le mot important de cette phrase est : en même temps. Nous vivons à la fois dans le monde des idées et dans le monde des faits.

A ces deux mondes, nous serions tentés d’en ajouter un troisième : le monde du langage. Et la phrase (presque) complète sera :

Nous sommes, à la fois :
ce que nous pensons, 
ce que nous disons, 
et ce que nous faisons.

Pour compléter cette phrase, ajoutons encore quelques ingrédients. D’une part, une partie de notre personnalité et de ce que nous répertorions comme étant des problèmes, provient de la plus ou moins grande cohérence entre ces trois niveaux de connaissance. Il est fréquent que l’un ou l’autre de ces ensembles d’éléments entre en rébellion avec les autres. Par exemple quand nous ne faisons pas ce que nous disons, ou quand nous pensons autrement que ce que nous affirmons, ou encore quand nos comportements ne correspondent pas à nos convictions " profondes ". D’où l’intérêt d’étudier les trois mondes à la fois.

C’est pourquoi nous avons choisi l’étude de langage comme mode d’approche privilégié. Nous l’avons déjà vu : le langage est partout ; il exprime nos idées et accompagne nos comportements.

Nous sommes, à la fois, 
ce que nous pensons, 
ce que nous disons, 
ce que nous faisons, 
et le degré de convergence entre ces trois types d’observation.

Enfin, nous ajouterons que notre Moi, notre personnalité est fluctuante ; même si elle oscille autour d’un noyau dur, notre personnalité fait parfois l’école buissonnière et nous avons du mal à nous reconnaître dans certains de nos actes ou de nos paroles. C’est pourquoi, imitant la prudence du créateur de la Sémantique Générale, nous aimerions finir chacune de nos phrases par : " ici et maintenant " et " entre autres choses "

Nous sommes, à la fois, 
et entre autres choses, 
ce que nous pensons, 
ce que nous disons, 
et ce que nous faisons ; 
et cela, à chaque moment de notre existence (" ici et maintenant ").

 

2.2 Opinions et croyances : l’analyse thématique

 Nous vivons dans une civilisation où la parole est omniprésente ; le langage accompagne chacun de nos faits et gestes, et notre langage véhicule un grand nombre d’opinions et de concepts abstraits. Nous avons un avis (en connaissance de cause ou non) sur (presque) tout ; nous jugeons de tout. Pour certains d’entre nous, la vie est vue au travers d’un filtre épais de concepts totalement abstraits.

C’est pourquoi les sondages d’opinions ont une aussi belle vie derrière et devant eux. Ils sont simples, parlent à tous et traitent de sujets qui nous sont familiers. Les instituts spécialisés nous posent tous les jours de milliers de questions, sur tous les sujets pouvant intéresser un humain.

Le matériau recueilli au cours de ces " enquêtes ", nous l’avons dit est essentiellement du texte (quand il s’agit d’une étude quali surtout), et l’analyste qui se penche sur ces textes, la plupart du temps, recherche les idées contenues dans le texte sans se préoccuper du langage lui-même relégué au rang secondaire d’une forme, d’une emballage. L’image est assez exacte : le langage, pour un grand nombre d’analystes est un emballage de concepts ; on ouvre l’emballage, on sort le contenu, et on jette l’emballage. C’est une croyance assez répandue dans notre civilisation que l’idée prime sur le mot.

Les analystes de contenu analysent les textes à la recherche des thèmes principaux qu’ils contiennent. Mais les thèmes ne sont pas dans les textes, ils sont d’abord dans la tête des analystes. Et il est bien rare que chaque analyste ne retrouve pas dans les textes étudiés ce qu’il vient d’y mettre lui-même, souvent sans s’en rendre compte.

L’analyse thématique, à laquelle nécessairement aboutit toute étude de concepts et d’opinions, est donc éminemment subjective et les résultats doivent être reçus avec une grande circonspection. Nous avons, à plusieurs reprises fait l’expérience consistant à faire faire des analyses thématiques (ou analyses de contenu) par plusieurs personnes et d’avoir constaté que le même analyste avait tendance à trouver toujours les mêmes éléments dans tous les textes qu’il étudiait.

Nous verrons en annexe, qu’il est possible, à l’aide d’un logiciel, d’établir les fondements d’une analyse thématique plus " objective ", c’est-à-dire qui ne dépende pas de l’interprétation des analystes.

2.3 Comportements : l’observation

 Si pour les études de concepts, les classements dépendent en grande partie des conceptions mêmes des analystes, il en est de même des observations comportementales. A l’instar de l’histoire rabâchée de l’accident vu différemment par chaque témoin, nous savons que plusieurs personnes, devant le même paysage ou le même événement, n’observent pas, ne voient pas même, la même chose. Notre perception est le premier filtre déformant cette fameuse réalité après laquelle chacun semble courir.

Mais ce qui frappe le plus quand nous demandons à plusieurs personnes de nous décrire seulement ce qui vient de se passer, plus que leurs interprétations personnelles, c’est l’absence d’une grille de lecture. Prenons une scène de ménage et passons le film à un groupe de personnes, puis demandons-leur de nous dire ce qu’ils ont vu. Les uns auront surtout remarqué les propos de l’homme, les autres de la femme, les uns auront vu les gestes grossiers de l’un, d’autres l’aspect soumis de l’autre, certains aurons retenu quelques paroles, d’autres des comportements non verbaux... L’analyse, non plus du film enregistré, mais des récits des spectateurs, nous en apprendra beaucoup plus sur ces spectateurs eux-mêmes que sur les protagonistes de la scène filmée.

En fait, la plupart d’entre nous, ne voyons qu’une infime partie de ce qui se passe autour de nous, faute de posséder une grille de lecture assez large et bien définie. Notre grille spontanée est étroite : nous ne voyons que ce qui nous intéresse, nous choque, nous plaît... Elle est aussi floue : d’une séquence à l’autre, d’un moment à l’autre de la journée, nous ne sommes pas attentifs aux mêmes éléments comportementaux.

Une étude comportementale doit se faire au plus près de la situation réelle (une observation in situ est souvent préférable à l’analyse d’une situation filmée), et à l’aide d’une grille de lecture assez fine pour ne pas laisser passer des éléments pertinents, mais assez simple pour pouvoir être utilisée sans erreur par un observateur, toujours faillible.

Avant de parler de l’étude de langage, comparativement à ces deux autres types d’études, rappelons que certains comportements observés sont des comportements verbaux ; autrement dit, une étude d’observation, comporte en son sein, une étude de langage.

2.4 L’étude de(s) langage(s)

Nous venons de le voir : notre intérêt pour le langage lui-même provient en partie du constat que sa fonction est double : d’une part, il exprime les idées, d’autre part il accompagne et décrit les comportements.

Notre langage naturel, se trouve à la fois en relation avec le Territoire, qu’il prétend décrire ou expliquer, et les cartes mentales qu’il nomme. D’un côté, nous avons un rôle descriptif, de l’autre un rôle d’étiquetage. Sans vouloir ajouter un nouveau dualisme dans un monde qui en comporte bien trop, nous pourrions dire qu’il existe deux langages : un langage pour les concepts et un langage pour les faits.

Donnons un exemple. Soit les deux phrases :

(1) j’ai vu l’autre jour Eric rougir devant une très jolie fille qui lui faisait des avances
(2) Eric est timide

Nous voyons que c’est le même langage qui nous sert pour décrire les actions concrètes et exposer nos interprétations abstraites ou nos jugements sur ces mêmes actions.
Mais, ce qui paraît être un avantage peut devenir une gêne. La théorie des types logiques s’applique en premier au langage lui-même : nous utilisons à la fois, (c’est-à-dire souvent dans les même phrases) des langages de niveaux d’abstraction différents.

Par exemple, reprenons notre exemple ci-dessus :

" L’autre jour, devant une jolie fille, j’ai vu Éric rougir, je ne le savais pas aussi timide. Et c’est bien dommage, car la timidité est un grave défaut, malheureusement fréquent chez les hommes. ".

Il est rare d’être conscient, en prononçant ce type de phrases, de changer rapidement de niveau d’abstraction. Car le langage est trompeur ; il est par essence linéaire - les mots se suivent chronologiquement - pour décrire des données qui ne le sont pas.

Comment peut-on analyser cette phrase ? Le tableau ci-dessous a découpé la phrase, en allant du plus abstrait au plus concret. Il est conseillé de le lire en commençant par le rez de chaussée. 

La timidité est fréquente chez les hommes

Cette fois nous procédons à une nouvelle généralisation, non plus d’un comportement (rougir) vers une nominalisation (timidité), mais d’Éric vers l’ensemble des hommes, y compris ceux que nous ne connaissons pas évidemment.

La timidité est un défaut.

On ne parle plus d’Éric, mais d’une de ses caractéristiques : la timidité. La timidité devient un objet qui possède ses propriétés au même titre que le verre de vin que nous buvons. Nous avons réifié ce concept, et nous l’accolons à un autre concept réifié : le défaut. Nous écrivons une égalité timidité = défaut, ou une inclusion timidité Ì défauts.

Eric est timide

Langage généralisant : d’un événement unique, le locuteur en conclut que ce type d’événements doit se reproduire en d’autres circonstances, assez souvent pour justifier l’utilisation d’un symbole de la Carte.

Eric rougit, tel jour à tel moment, dans telle circonstance...

 Langage descriptif, proche du Territoire, proche de ce que nous persisterons à appeler la Réalité. A moins que le locuteur mente sciemment, ou soit daltonien, on peut penser qu’il dit vrai.

Pour chacune de ces expressions, nous nous servons du même langage. Autrement dit, en même temps qu’il les exprime, notre langage nous cache nos propres mouvements de pensée. C’est la première raison pour laquelle nous nous intéressons au langage et à ses rôles en communication.

La deuxième raison part d’un constat simple. L’idée dominante est que les mots ne sont là que pour exprimer l’essentiel : les idées. Cette proposition peut s’inverser facilement de la façon suivante : les idées n’existeraient pas sans les mots pour les nommer et les décrire. Par voie de conséquence, une étude de langage est en même temps une étude de concepts. Nous avons souvent beaucoup de mal à expliquer cela à certains de nos clients qui nous demandent une "étude d’image " de leur entreprise et dont le premier mouvement est de refuser une " étude de langage ". Nous leur expliquons que, pour nous, il n’y a pas de différence entre ces deux sortes d’études, sinon les mots pour les désigner : une étude d’image se fait essentiellement par l’analyse et l’utilisation d’un matériau verbal, et une étude de langage traite essentiellement des concepts, images, croyances...

Examinons maintenant rapidement les deux points forts des études de langage, que ne possèdent pas les autres types d’études.

2.5 Le langage est en partie inconscient

Quand on veut qu’une personne change, on dit souvent : " Je voudrais qu’elle change sa façon de voir " ou " sa façon de se comporter ", et par un raisonnement qui nous paraît logique, on commence par lui demander de changer. Bref, on utilise des méthodes d’influences visibles.

Nous savons depuis longtemps qu’il n’y a aucune raison pour qu’une personne change simplement parce que nous le lui demandons. Et, il n’y a que dans les livres théoriques de communication que nous voyons les gens se ranger à notre avis, sur simple argumentation.

Toute tentative d’influence, tant au niveau des croyances que des comportements, est immédiatement repérée par la " victime ". Tout simplement parce qu’une grande partie de nos opinions et croyances d’un côté, et de nos comportements de l’autre, sont parfaitement conscients et connus de nous.

Il en est autrement du langage que nous utilisons. Faisons une expérience : demandons à l’un de nos amis de parler seulement cinq minutes d’un sujet qui lui tient à coeur. Enregistrons ses paroles. Puis demandons-lui de nous faire la liste des mots exacts qu’il a utilisés et de nous dire combien de fois il a prononcé chaque mot. Il en sera totalement incapable, c’est-à-dire que sa liste ressemblera d’assez loin à ce qu’il a vraiment dit. C’est une des lois connues en communication : on n’entend pas ce que l’on dit, mais ce que l’on veut dire. Cette expérience nous permet de dire au sens strict des termes que nous ne savons pas ce que nous disons ! Rares sont les personnes qui font véritablement attention aux mots exacts qu’ils prononcent.

L’intérêt de connaître le langage d’une personne est considérable pour nous, analystes, car nous connaissons alors cette personne mieux qu’elle ne se connaît elle-même !

Et, par voie de conséquence, toute tentative de modifier son langage passera inaperçue.

Voilà la vraie puissance et l’avantage fondamental d’une étude de langage sur toute autre forme d’étude.

2.6 Le langage est le niveau le plus objectif

Le deuxième avantage des études de langage sur les autres types d’études, tient aux caractéristiques mêmes des unités d’information de l’analyse : les mots.

Un langage, est composé, entre autres choses de mots. Si nous demandons à 10 analystes d’établir le lexique d’un ensemble de textes, (discours d’un homme politique, opinions de clients d’une entreprise...) nous nous trouverons devant 10 listes identiques.

Il est donc possible d’établir des règles d’analyse d’un langage, et la simple application de ces règles fait des résultats un produit fiable et non plus l’expression des opinions ou des humeurs de l’analyste.

 

3. Les éléments pertinents d’une étude de langage

3.1 Les MOTS : le Lexique
3.2 Les THÈMES : la thématique
3.3 Les PHRASES : la syntaxe
3.4 Autres indices de langage

En interrogeant l’homme de la rue (que nous sommes tous en partie), sur le sens du mot langage, il apparaît qu’un langage est un ensemble de Mots. Nous allons voir que cela est plus complexe que cela.

Tout langage comprend des niveaux d’analyse différents. Au niveau le plus simple, nous relevons des mots.

Puis ces mots peuvent se regrouper en thèmes. Le thème est un tiroir de rangement sémantique pour les mots ayant entre eux un certain degré de parenté de comportement.

Puis enfin, au niveau le plus complexe, les mots et les thèmes s’agencent au sein de phrases concrètes : c’est le niveau de la syntaxe, où nous retrouvons les mouvements de pensée exprimés par le langage de la personne étudiée.

Nous allons rapidement étudier ces trois niveaux et montrer l’intérêt de chacun d’entre eux au cours d’une analyse de langage.

3.1 Les MOTS : le Lexique

Au sens de l’ordinateur, le mot se définit comme ce qui se trouve entre deux blancs. Au sens commun le mot peut être un simple mot comme Président ou une expression comme Président de la République. Bref, le mot est la plus petite unité signifiante d’un texte. La distribution statistique des mots d’un texte suit une loi connue depuis le début de ce siècle du nom de son découvreur : la loi de Zipf. Cette loi dit

Rang x Fréquence = Constante,

ce qui signifie que si nous multiplions le rang d’un mot (sa place dans un classement par ordre décroissant d’apparitions) par le nombre de fois où nous le trouvons dans un texte, nous aurons tendance à trouver un chiffre constant. Autrement dit, si le mot le plus fréquent d’un texte (rang = 1) est dit 1000 fois, le deuxième mot aura tendance à se trouver 500 fois dans le texte et ainsi de suite... A la fin de la liste nous trouverons 1000 mots n’ayant été dit qu’une seule fois dans le texte.

Dans toutes nos études nous avons retrouvé cette loi, et l’avons simplifié sous la forme d’une pseudo-loi de Pareto en disant qu’en moyenne :

avec 10 % des mots différents (que nous appelons Mots-Clés) d’un texte (lexique)
nous obtenons 90 % des apparitions de tous les mots (appelées occurrences).

Ainsi, même si le lexique d’une étude donnée peut atteindre plus de 5000 mots différents, il nous suffira d’étudier le comportement des 500 principaux mots, pour obtenir une analyse satisfaisante de tout le texte.

Chaque personne interrogée au cours d’une étude possède son propre lexique ou plutôt sa propre utilisation du lexique commun. Mais rapidement, au bout du 20 ème entretien environ, nous nous apercevons que les mots utilisés par les interviewés sont déjà connus. Autrement dit, le langage est composé d’un nombre fini de mots différents ; c’est un ensemble fini, et partant, les techniques de calcul de la théorie des ensembles peuvent s’appliquer à l’analyse de langage. Analyser le dit d’une personne, c’est découvrir également son non-dit, en fait l’ensemble complémentaire.

3.2 Les THEMES : la thématique

Un grand nombre des mots recueillis dans un premier temps par l’analyste, peuvent se regrouper selon leur ressemblance, dans des catégories plus vastes : les thèmes. Par exemple, dans une étude sur le langage des fermiers, nous trouverons les mots : coq, poule, lapins... que nous pourrons regrouper dans la catégorie thématique : animaux de basse-cour.

Mais c’est ici que nous rencontrerons le plus de pièges. En effet, la réalité dépend en partie de la façon dont nous la regardons et des instruments dont nous nous servons pour l’analyser. Ainsi, dans l’exemple ci-dessus, nous avons deux choix : ou bien faire entrer tous les animaux susdits dans la catégorie animaux de basse-cour, ou bien créer deux thèmes : un thème animaux de basse-cour à plumes avec les mots poule et coq, et animaux de basse-cour à poils avec lapin. Selon notre décision dans le degré de précision que nous voulons donner à l’analyse thématique, les résultats seront différents.

La précision de notre découpage est d’autant plus grande que nous connaissons bien le sujet. En effet, plus nous sommes familiers d’un sujet plus nous avons tendance à nuancer. C’est ainsi que là où nous voyons de la neige, l’esquimau voit trente sortes différentes de neige, qu’il nomme de trente noms différents ; pour lui, le mot neige serait un mot abstrait !

Grâce à nos logiciels expert, nous pouvons résoudre autrement ce type de problème en adoptant un découpage des thèmes sous la forme d’une arbre ; nous pouvons ainsi créer deux ou trois niveaux thématiques et ensuite seulement chercher le niveau qui donne les résultats les plus efficaces pour l’utilisateur de l’étude.

Il n’empêche que le découpage du sens en catégorie et le remplissage des thèmes avec les mots du lexique est une opération qui ne peut se passer de la réflexion humaine, donc une opération subjective. Nous avons inventé une méthode permettant de créer des thèmes de la façon la plus objective possible.

3.3 Les phrases : la syntaxe

 Les analyses lexicales et thématiques sont des analyses dites " paradigmatiques ". Que signifie ce terme en linguistique ? Deux mots ou deux expressions peuvent être rangées dans le même paradigme, si elles peuvent commuter entre elles. Par exemple, on peut dire :

(1) La poule mange le grain
(2)
Le coq mange le grain

donc les termes poule et coq, qui sont interchangeables peuvent entrer dans le même paradigme que nous appellerons : " animaux à plumes de la basse-cour ". On voit qu’ici, les termes paradigme et thème sont quelque peu synonymes.

(3) les animaux à plumes de la basse-cour mangent le grain.

Ainsi, en passant du niveau lexical au niveau thématique, nous procédons à une généralisation, donc à une simplification

Mais, ces deux types d’analyse ont une caractéristique commune : ils ont cassé le texte en petits morceaux, et la lecture des tableaux qu’ils nous donnent ne peuvent, en aucun cas nous permettre de reconstituer le texte lui-même dans sa vie. Nous en arrivons naturellement au niveau le plus intéressant de l’analyse de langage : le niveau syntaxique, celui où nous retrouvons les mots et/ou les thèmes dans leur contexte naturel : la phrase.

Donnons un exemple d’analyse syntaxique figurée sous la forme d’un graphe. Voici l’analyse d’une personne qui nous a parlé d’elle-même, de la façon dont elle envisage la vie. Les thèmes qui figurent dans le graphe sont les thèmes les plus fréquents. Les thèmes les plus importants se reconnaissent au fait qu’ils sont liés à un plus grand nombre d’autres thèmes que les autres. Ici : Je Moi, Je suis, Etre capable...

Ce graphe est en fait un résumé visuel des phrases les plus prononcées par la personne interrogée. Il nous permet de voir d’un seul coup d’oeil, les thèmes les plus souvent associés entre eux, et les thèmes qui n’apparaissent pas ou peu dans les mêmes phrases.

L’analyse syntaxique des co-occurrences (terme technique pour désigner cette partie d’une étude de langage) nous apprend ce qu’aucune autre technique ne peut nous apprendre.

Par exemple, rien dans le lexique de cette personne, rien dans sa thématique, ne nous permettait de savoir comment elle considère sa vie professionnelle par rapport à sa vie personnelle. Rien, sauf l’analyse syntaxique. En effet, nous constatons dans ce graphe que les mots : famille, vivre, présent ne sont jamais liés aux mots : travailler, associé, être capable, devoir... Ce que nous dit l’analyse syntaxique de cette personne est simple : " Pour moi, je ne mélange pas la vie personnelle et la vie professionnelle ", alors que jamais cette idée n’a été évoquée au cours de l’entretien.

Un autre exemple, pour terminer cette partie de notre document. En 1977, nous avons analysé le livre de Valéry Giscard d’Estaing : Démocratie française. (Voir l’article paru dans Communications et Langages). Nous avons relevé 180 mots-clés. Parmi ceux-ci : politique et travail. Dans une distribution statistique aléatoire, ces mots auraient dû se trouver ensemble dans une dizaine de phrases : or, ils n’étaient jamais ensemble. Deux semaines après cette découverte, VGE a fait un discours fustigeant le fait de parler politique sur le lieu du travail !

Cette déclaration était en quelque sorte prévue : elle était contenue dans le non dit de son livre.

3.4 Autres indices de langage

Les éléments constitutifs d’un langage peuvent donc être classés en trois catégories : les mots, les thèmes et les phrases. Ces trois catégories s’organisent selon le schéma suivant :

MOTS

THÈMES

PHRASES

 

Ainsi, toute analyse de langage comportera selon nous trois parties :


* une analyse lexicale

* une analyse thématique

* une analyse syntaxique,

 

essage)
Les deux premières analyses sont dans un rapport " vertical " de généralisation (axe paradigmatique) , alors que la troisième soit une analyse contextuelle des éléments des deux premières analyses (axe syntagmatique de phrases concrètes).

Mais, il existe d’autres paramètres à étudier au cours d’une étude de langage. Nous n’en citerons ici que quelques uns pour ne pas alourdir la présentation.

4. Le contenu et la relation

4.1 De l’abstrait vers le concret
4.2 Langage et comportement

Le domaine strict de la linguistique est l’étude du fonctionnement de la langue, en elle-même, en faisant abstraction du contexte dans lequel les phrases étudiées sont produites.

Mais cette démarche correspond à une étude en chambre, détachée de toute réalité. La même phrase peut avoir des sens fort différents selon la situation dans laquelle elle est prononcée, selon qui la dit, à qui, avec quelle intonation...

C’est pourquoi, outre les trois types d’analyse purement linguistique que nous venons d’étudier, une étude de langage doit se poser d’autres questions et y répondre.

Le schéma classique de la communication, celui qui sert encore de référence à un grand nombre d’études, de publications et de réflexions, est celui de Shannon, schéma qu’on appelle habituellement, le schéma linéaire Emetteur / Récepteur.

E (émet) le M (Message) à R (Récepteur)

Dans ce schéma, nous voyons un Emetteur (E), parlant (M = Message) à un Récepteur (R). Lequel, nous le savons, va lui répondre, et ainsi de suite.

Pour que ce schéma fonctionne, c’est-à-dire pour qu’il soit productif de résultats concrets, il faut étudier chaque élément de la chaîne dans son contexte, avant et après. Autrement dit, la relation entre l’émetteur et le récepteur dépend des messages échangés, de même que ces messages prennent un sens particulier du fait de cette relation.

Si nous adoptons ce schéma, l’étude de langage devient une étude sur la communication interactive entre deux ou plusieurs personnes.

Palo Alto a repris cette conception en séparant :

ð  Le Contenu c’est-à-dire les Messages échangés, ce qui est du domaine pur de la linguistique, mais peut aussi être constitué de gestes, de mimiques...

ð  La Relation, c’est-à-dire le contexte extra-linguistique, par exemple les rapports mentaux entre les deux partenaires en présence.

Un changement dans la relation entraîne souvent un changement dans le sens du contenu. Prenons un exemple, la phrase : " Il est minuit. " n’a aucun sens en elle-même. Ou plutôt, elle n’a pas le même sens selon les divers contextes suivants :
(1) Je la prononce en réponse à la question : " Quelle heure est-il ? "
(2) Je la prononce à la fin d’un repas, en baillant et en allant chercher mon pyjama (sens = il est temps que vous partiez)
(3) Je la prononce dans les bras de ma maîtresse pour lui signifier qu’il est encore tôt...

Une étude de langage complète doit pouvoir reconnaître, séparer, et analyser les rôles respectifs du contenu et de la relation dans un texte, surtout quand celui-ci traite d’un problème relationnel (propos de vendeurs, ou de clients...)

4.1 De l’abstrait vers le concret

Un autre paramètre important concerne le degré d’abstraction d’un texte, ou d’une simple phrase. La théorie appelle Carte le langage abstrait, et Territoire les propos les plus concrets. En fait, et c’est plus compliqué qu’un simple dualisme, toute phrase est plus ou moins abstraite, et en mesurer le degré n’est pas chose facile.

C’est pourtant indispensable, là encore, dans les études de langage traitant de problèmes commerciaux. En effet, nous avons remarqué, (et c’est presque toujours vrai) que les " bons clients " ont un langage plus concret sur les produits et l’entreprise étudiée, que les clients occasionnels ou les simples prospects. Cela est vrai aussi des vendeurs, et à des degrés moindre, des cadres.

Ces indices, qui échappent totalement à la conscience des locuteurs, nous permettent de situer chaque locuteur par rapport au sujet traité. Plus le langage est concret, plus il est riche, et plus il s’agit là d’une personne proche du sujet traité ; elle le connaît bien.

C’est ainsi que pour chaque étude de langage, nous déterminons des grands thèmes standards, appartenant, soit à la Carte, soit au Territoire. On trouve ainsi souvent, dans une étude portant sur une classe de produits ou de services, que le produit leader est celui qui possède le plus de thèmes de type Territoire.

On constate au passage que cet indice permet de mesurer le degré de sincérité du locuteur.

En effet, quand un client nous dit être un bon client et bien connaître tel ou tel produit, et que, par ailleurs, il nous en parle en termes fort abstraits et généraux, nous pouvons supputer sans grands risques qu’il nous ment.

4.2 Langage et comportement

Enfin, le dernier critère de tout langage, et le plus important est externe au langage lui-même : il s’agit du comportement non verbal du locuteur vis-à-vis du sujet abordé. Pour un produit - ou service - de type commercial, le comportement non verbal le plus intéressant à étudier est la position par rapport à l’achat de ce produit.

On distingue souvent trois positions (pour éviter les simplifications abusives dues à la dichotomie : acheteur / non acheteur) : les acheteurs fidèles, les occasionnels et les non acheteurs absolus. Tout langage, toute phrase et tout mot du lexique prend une signification différente selon qu’il appartient à un acheteur ou à un non acheteur. Nous savons depuis longtemps (Wittgenstein) que le sens d’un langage est donné par son contexte, et ce contexte doit être intégré dans une étude de langage. Il correspond à peu près à ce que les autres types d’études nomment renseignements signalétiques.

En effet, par exemple une critique adressée à un produit (" Il est un peu cher... " peut vouloir dire dans la bouche d’un acheteur régulier (" C’est l’apanage des bons produits " ou " Je continuerai à l’acheter ", voire même : "Je suis fier de pouvoir me l’acheter ") et exprimer la raison du refus d’achat dans la bouche d’un non acheteur.

Il n’est plus possible de vouloir analyser le sens d’un texte, sans tenir compte du contexte de sa production ; qui parle, à qui parle-t-il, dans quel cadre... ?

5. Conclusion

 A côté des études conceptuelles de motivation qui étudient les croyances et opinions d’une part, et des observations et mesures comportementales qui s’attachent à nos actions concrètes d’autre part, les études de langage, troisième type d’études, pénètrent la description et l’explication de nos façons de faire et d’être au travers de l’outil que nous utilisons constamment et bien souvent inconsciemment : notre langage et ses particularités individuelles.

La force des études de langage par rapport aux études de contenu est la possibilité que nous avons de pouvoir informatiser et automatiser les procédures d’analyse et de synthèse. Cela ne préjuge pas du caractère " scientifique " de ce type d’études, mais augmente le caractère objectif des résultats.

Par rapport aux études et observations comportementales, les études de langage possèdent l’avantage de pouvoir identifier plus facilement les éléments à étudier. En effet, il est plus facile d’analyser des mots et même des thèmes, que des gestes, des mimiques ou des sourires.

Enfin, le langage est le mode d’expression le plus transparent pour ceux qui savent l’analyser, dans la mesure même où nous ne sommes guère conscients, en parlant, d’en dire autant sur nous-mêmes.

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